Journal de l'atelier · Mars 2026
Atelier : les couleurs du Maroc
De l'ocre du souk à l'ivoire du zellige — comment la palette marocaine nourrit chaque décision chromatique.

L'acte de peindre au Maroc aujourd'hui est un acte de préservation. Dans un monde qui s'accélère, où l'image est consommée en une fraction de seconde, la peinture à l'huile impose son propre rythme. C'est un temps long, celui de la sédimentation des couleurs, de la patience du trait et de la profondeur du regard.
La mémoire du geste
Quand je peins une cérémonie de hammam ou un portrait de femme drapée dans un haïk, je ne cherche pas seulement la ressemblance physique. Je cherche à capturer une atmosphère, une lumière qui n'existe que dans ces espaces de transition. L'ocre de la terre, le bleu de Chefchaouen, le rouge profond des tapis : ce sont plus que des couleurs, ce sont des mémoires.
La figuration me permet de remettre l'humain au centre. Dans mes toiles, les corps racontent des histoires. Ils portent le poids de l'héritage et l'élan de la modernité. C'est ce dialogue constant qui m'anime chaque matin devant le chevalet.
Chaque coup de pinceau est une archive. Une archive de la lumière qui change sur un mur de pisé, une archive du silence d'un riad à midi, une archive de la dignité d'un regard. Peindre le Maroc vivant, c'est refuser de le voir comme un décor de carte postale pour en explorer la chair et l'âme.